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Colloque Archeologie - accueil

L’art géométrique est un grand oublié de l’art. Et pourtant, les pages qui suivent et l’ensemble des articles de ce colloque montrent au contraire la grande importance, la grande richesse et la grande complexité de l’art géométrique, de la préhistoire à nos jours.
Cet art géométrique se construit dès la préhistoire exactement comme si les formes qu’offrent la nature aux hommes préhistoriques avaient été immédiatement perçues et reproduites. Et tout aussi rapidement, ils reproduisent, dans un système dans la signification leur est propre et que nous essayons de déchiffrer, des figures réalistes animales et anthropomorphes, qu’ils veulent à souhait naturalistes ou schématiques, voire abstraites et alors pouvant tendre vers le géométrique. Dès son origine, l’art géométrique est à la fois une décoration géométrique et un processus d’abstraction géométrique.
Puis longtemps après, il y a quatre mille ans, l’architecte invente le compas. Avec la règle et le compas, l’homme se libère de la nature et invente des formes nouvelles qui se révèlent posséder des lois. Il invente la Géométrie, et l’art géométrique désormais va découler de lui. Les Celtes, par exemple, vont en faire une abstraction géométrique exceptionnelle, et une fois christianisés, ils vont géométriser l’art sacré, notamment celui des enluminures.
Il y a quelques cinquante ans, avec l’invention de l’ordinateur, une nouvelle révolution permet aux algorithmes  mathématiques les plus complexes de fabriquer les formes les plus inattendues, permettant une liberté totale d’expression.
L’art géométrique est l’art qui se manifeste sur le plus grand nombre de supports comme sur le plus grand nombre d’objets, des arts les plus intellectuels aux objets les plus simples de la catégorie socio-professionnelle la plus pauvre. Il embellit les céramiques les vanneries, les tissus, les tapis, les outils, les armes, les décorations intérieures (peintures, stucs) et les architectures.
Il est un des vecteurs principaux de la tradition folklorique, en identifiant ses porteurs d’une région, d’une religion, d’une classe sociale, d’un âge, d’un état, dont il est une signature. Et cette tradition se perpétue d’autant plus longtemps qu’elle est menacée par des invasions ou des acculturations forcées : elle marque alors une résistance et un affichage.
L’idée de choisir ce thème pour le IV° congrès franco-ukrainien d’archéologie à Kiev, n’est pas indépendant de la grande richesse de l’art géométrique dans l’histoire de l’art de l’Ukraine : paléolithique (Mézinien), Néolithique (Tripolié), âge du Bronze, comptoirs grecs de la mer Noire, Kievskaia Rus’, folklore ukrainien des quatre derniers siècles, revival moderne. Il trouve écho exponentiellement dans l’archéologie et l’histoire de l’art européen et méditerranéen. Ainsi, les partenaires dans l’organisation de ce colloque qui viennent du monde de l’archéologie, de l’ethnographie et du folklore ainsi que des Musées y ont participé avec enthousiasme, trouvant là un thème commun, leur permettant de s’échapper un temps à leurs colloques spécialisés.
Enfin, le lieu qui nous a été offert pour tenir ce colloque est si emblématique de l’Ukraine de toujours, que l’on ne pouvait rêver de meilleur écrin pour cet art géométrique de la préhistoire à nos jours.
Lioudmila Iakovleva, François Djindjian et Gleb Ivakin